Vous aviez préparé la chambre, la valise pour la maternité, sans doute même choisi le prénom. Personne ne vous avait parlé de la transformation intérieure qui allait vous traverser. Des mois, parfois des années après la naissance, vous vous surprenez à penser : » Je ne me reconnais plus. » Votre corps a changé, ainsi que votre place dans le couple, votre rapport au travail, et votre manière d’aimer votre propre mère. Vous n’êtes pas perdue. Une autre version de vous cherche à voir le jour. Cette expérience porte un nom : la matrescence.
Le terme a été proposé en 1973 par l’anthropologue américaine Dana Raphael pour décrire le passage d’une femme vers la maternité, par analogie avec l’adolescence. Longtemps oublié, il revient aujourd’hui sur le devant de la scène grâce à des voix comme celle de la journaliste Clémentine Sarlat et de son podcast « La matrescence », qui a dépassé les 15 millions d’écoutes en France. Dans cet article, je vais partager avec vous ce que recouvre réellement ce mot, les cinq étapes qui la composent, les zones de vie qu’elle bouleverse (y compris le travail et le lien avec votre mère) et surtout, les leviers pour ne pas vous perdre en chemin.
Table of Contents
Matrescence : un concept qui nomme enfin ce que les mères vivent
L’origine du mot
Dana Raphael publie Being Female en 1973 et propose le terme matrescence pour désigner une période de transition aussi intense que l’adolescence : mutations hormonales, physiques, psychiques, relationnelles, sociales. Pendant plus de quarante ans, le mot reste confidentiel. Il émerge à nouveau grâce aux travaux de la psychiatre Alexandra Sacks, puis en France grâce au podcast de Clémentine Sarlat lancé en 2020 et aux prises de parole de nombreuses professionnelles de la périnatalité.
La matrescence désigne la transformation d’une femme en mère. Une transformation profonde qui touche largement l’existence et qui demande du temps. Pas quelques semaines. Des années.
Ce que dit la science sur le cerveau maternel
En 2016, la neuroscientifique Elseline Hoekzema publie dans Nature Neuroscience une étude qui fait date : chez les femmes qui deviennent mères, certaines zones du cerveau impliquées dans l’attachement, l’empathie et la lecture des émotions se réorganisent. Ces modifications persistent pendant au moins deux ans après la naissance. Votre cerveau change réellement pour se synchroniser avec votre bébé. Cette impression de devenir » quelqu’un d’autre » a un support biologique.
Pourquoi ce mot fait du bien
Mettre un mot sur une expérience la rend pensable. Tant que la matrescence restait sans nom, les femmes avaient tendance à interpréter leurs ressentis comme un défaut personnel. Avec le mot, le regard change. Vous traversez une étape de vie documentée, universelle, légitime. Vous n’êtes ni faible, ni en train de mal faire. Vous vivez une mue aussi réelle qu’intime.
Matrescence et post-partum : deux réalités souvent confondues
Ces deux notions se mélangent souvent dans le langage courant. Pourtant elles recouvrent des réalités bien différentes.
Le post-partum correspond à la période qui suit immédiatement la naissance. Médicalement, il couvre les six à huit semaines durant lesquelles le corps retrouve progressivement son état d’avant la grossesse. Sur le plan vécu, il s’étire bien au-delà : plusieurs mois de récupération physique, émotionnelle et hormonale. Si vous vous sentez perdue juste après l’accouchement, j’ai écrit un article spécifiquement dédié à cette phase aiguë : Se sentir perdue après accouchement : comprendre ce qui se passe (et reprendre pied).
La matrescence, elle, démarre dès le désir de bébé et se poursuit pendant plusieurs années. Elle ne concerne pas seulement votre corps mais votre identité entière. Le post-partum est une séquence du vécu maternel ; la matrescence, un processus de transformation au long cours.
Pour le dire autrement : le post-partum vous demande de vous remettre debout. La matrescence réécrit qui vous êtes.
Les cinq étapes de la matrescence
Aucune femme ne traverse ces étapes de la même manière, au même rythme, dans le même ordre. Les repères suivants permettent simplement de situer où vous en êtes pour mieux vous accueillir.
1. Avant la conception : le désir et les projections
Bien avant la première contraction, la matrescence commence dans votre tête. Vous imaginez la mère que vous voudriez être, vous vous comparez à la vôtre, vous vous demandez si vous en êtes capable. Cette phase de projection prépare un terrain intérieur. Les femmes qui se sont engagées dans un parcours de PMA la connaissent particulièrement bien : le désir de bébé devient alors une traversée en soi, avec ses espoirs et ses deuils.
2. La grossesse : un corps qui parle avant vous
Neuf mois durant lesquels votre corps vit une transformation sans équivalent. Les hormones modifient vos émotions, votre sommeil, votre appétit, votre rapport à votre image. Psychiquement, vous intégrez lentement l’idée d’être mère. Certaines femmes vivent la grossesse comme une période lumineuse, d’autres comme une mise à l’épreuve. Les deux vécus se défendent.
3. La période post-natale : l’atterrissage
On parle ici des semaines immédiates qui suivent la naissance. Le corps récupère, la hiérarchie hormonale se réorganise, le lien avec bébé se construit au jour le jour. Sommeil haché, adaptation du couple à la vie à trois, premières fatigues profondes. Votre corps a mis neuf mois à construire votre bébé, il peut mettre tout autant de temps à se reconstruire. Cette étape correspond à ce qu’on appelle le post-partum.
4. La petite enfance : l’identité se cherche
Entre six mois et trois ans environ, la matrescence entre dans sa phase d’ajustement le plus long. Le retour au travail pour la plupart, la reprise d’une vie sociale, la question : » Est-ce que je redeviens moi ou est-ce que je deviens quelqu’un de nouveau ? » Les premières séparations, les premières crises, les premières fiertés. Vous apprenez à concilier la femme que vous étiez avant et la mère que vous devenez.
5. La stabilisation : une nouvelle version de soi
À mesure que l’enfant grandit, un apaisement intérieur s’installe. Vous avez intégré la mère en vous, sans avoir effacé la femme. Cette stabilisation ne signifie pas la fin de la transformation. D’autres vagues arriveront, à l’adolescence de l’enfant, au départ du foyer, mais une forme d’ancrage est acquise. Vous êtes à la fois la femme d’avant, la mère, et la nouvelle vous qui intègre les deux.
Les zones d’impact : identité, couple, travail, rapport à sa mère
La matrescence ne bouleverse pas uniquement votre quotidien. Elle redistribue les cartes dans quatre dimensions majeures de votre vie.
La femme que vous étiez, la femme que vous devenez
Avant l’enfant, vous aviez une manière d’habiter le monde, un rapport au temps, au plaisir, à votre féminité, à l’horizon que vous vous étiez tracé. L’arrivée de la maternité déplace tout cela. La femme qui aimait partir en week-end à l’improviste, la femme qui s’habillait pour sortir, la femme qui prenait le temps de lire : que devient-elle ? Souvent, elle est mise en pause. Le risque, c’est de croire qu’elle a disparu. Pourtant elle reste là. Elle attend que vous lui redonniez une place. Retrouver votre identité de femme au sein de la matrescence, c’est accepter qu’elle prenne une nouvelle forme, plus profonde, sans la sacrifier.
Le couple
Passer de deux à trois (ou plus) modifie les équilibres. Le sommeil baisse, la charge mentale monte, le désir évolue, la communication se tend parfois. Votre conjoint vit aussi une transformation, la patrescence existe aussi, même si elle reste moins documentée. Ce qui protège le couple dans cette traversée : verbaliser ce que vous ressentez sans attendre, répartir concrètement la charge invisible, et préserver des espaces à deux même courts. Le couple ne revient pas à l’état d’avant. Il se reconstruit sur un nouveau socle.
La vie professionnelle et le leadership au féminin
Voilà une zone d’impact trop souvent négligée. La matrescence ne s’arrête pas au portail de l’entreprise. Elle modifie votre rapport au temps, à la performance, à ce qui a du sens, aux relations hiérarchiques. Beaucoup de femmes redécouvrent à leur retour de congé maternité qu’elles ne supportent plus ce qu’elles toléraient avant. D’autres se sentent moins légitimes, alors qu’elles viennent de traverser une expérience qui muscle la décision, l’endurance émotionnelle, la capacité à arbitrer en temps réel, autant de qualités au cœur du leadership féminin.
La manière d’organiser votre temps devient un enjeu majeur. Les journées ne s’allongent pas parce que vous êtes devenue mère, mais vos exigences augmentent des deux côtés. Apprendre à poser des limites, à déléguer, à refuser sans culpabiliser, à placer votre énergie dans de ce qui compte vraiment : voilà ce que la matrescence vous invite à travailler. Aucune régression professionnelle là-dedans. Juste une mue.
Si vous ressentez ce désalignement avec votre vie professionnelle, je vous invite à lire ma page sur le coaching pour femmes dédiée à ces questions d’identité, de leadership et de place dans le monde du travail.
Le rapport à votre propre mère
La matrescence ravive presque toujours le lien à votre mère. En devenant mère à votre tour, vous revisitez votre enfance, vos manques, vos héritages, les gestes qui vous avaient construite et ceux qui vous avaient blessée. Certaines femmes se rapprochent de leur mère, d’autres prennent une distance nécessaire, d’autres se retrouvent face à un deuil si leur mère est décédée ou absente.
Sur le plan psychique, vous allez revoir les scénarios transmis de génération en génération : la manière de porter, de nourrir, de consoler, d’autoriser ou d’interdire. Certaines loyautés invisibles peuvent remonter à la surface. Vous pouvez vous surprendre à reproduire des phrases que vous aviez juré de ne jamais dire, ou au contraire à faire exactement l’inverse de ce que votre mère faisait, sans savoir si c’est par choix ou par réaction.
Ce travail de démêlage est exactement ce que propose la psychogénéalogie. Revisiter les héritages familiaux permet de distinguer ce qui vient de vous, ce qui vient d’elle, ce qui vient de plus loin encore. Et surtout, de décider en conscience ce que vous voulez transmettre à votre enfant, plutôt que de le reproduire par défaut.
Ne pas se perdre : quatre leviers concrets
La matrescence ne se maîtrise pas. Elle se traverse. Les quatre leviers qui suivent ne font pas disparaître les vagues. Ils dessinent un repère tenable.
1. Situer l’étape où vous êtes
Repérez dans quelle phase vous vous trouvez aujourd’hui (désir d’enfant, grossesse, post-natal, petite enfance, stabilisation). Ce simple repère change votre regard sur ce que vous ressentez. Une fatigue à trois mois post-partum n’a pas le même sens qu’une fatigue à trois ans. Une perte de repères en phase de reprise du travail ne se traite pas comme une perte de repères en phase de grossesse. Nommer l’étape vous rend actrice.
2. Construire un cercle qui vous porte
La matrescence se traverse mal en solitaire. Les figures qui vous aident : une sage-femme de confiance, une doula, une psychologue périnatale, une coach, d’autres mères avec qui vous pouvez parler vrai, une belle-mère ou une mère disponible, des amies qui comprennent. Le podcast de Clémentine Sarlat, les groupes de parole, les communautés en ligne modérées peuvent aussi tenir ce rôle. Partagez ce que vous traversez. La solitude amplifie tout.
3. Maintenir un cap personnel, même minuscule
Gardez au moins un espace par semaine qui vous appartient totalement. Une heure de sport, un café sans téléphone, une lecture, un rendez-vous avec une amie, une pratique créative. Cet espace n’a rien d’un caprice. Il empêche simplement la femme en vous de se dissoudre entièrement dans la mère. Plus vos enfants vous verront prendre soin de vous, plus ils construiront ce réflexe pour eux.
4. Un pas psychogénéalogique
Si certaines zones vous font souffrir de manière récurrente que ce soit la relation à votre mère, le rapport à la féminité, la peur de mal faire, la sensation de répéter des schémas : engagez un travail sur vos héritages. Un accompagnement en psychogénéalogie permet de comprendre d’où vient ce que vous portez et d’alléger ce qui ne vous appartient pas. Vous transmettez alors à votre enfant un héritage plus conscient, plus choisi.
À quel moment chercher un accompagnement
Vous n’avez pas à justifier d’une détresse extrême pour demander de l’aide. L’accompagnement se pense en prévention, pas seulement en réparation.
Les signes qui indiquent qu’un soutien serait précieux :
- une sensation durable de perte d’identité, au-delà des premiers mois,
- des tensions profondes dans le couple que vous n’arrivez pas à démêler,
- un retour au travail qui ne fonctionne pas, un désalignement qui ne passe pas,
- des conflits répétitifs ou douloureux avec votre mère, ou un manque qui pèse,
- la sensation de répéter des schémas familiaux que vous ne voulez pas transmettre,
- une difficulté persistante à dire non, à poser des limites, à vous accorder de la place.
Selon vos besoins, plusieurs accompagnements peuvent vous soutenir. Je travaille en coaching individuel avec les femmes qui traversent la matrescence dans sa dimension identitaire, professionnelle et transgénérationnelle. Pour un suivi médical ou psychologique spécifiquement périnatal, votre sage-femme ou votre médecin peut vous orienter vers les dispositifs prévus dans le cadre des 1000 premiers jours.
Pour découvrir mon accompagnement dédié, rendez-vous sur ma page Coaching Maternité.
FAQ — Vos questions sur la matrescence
Matrescence : quelle définition précise ?
La matrescence désigne la transformation profonde qu’une femme traverse en devenant mère. Elle concerne le corps, les hormones, l’identité, la place sociale, le couple, le travail et le rapport à sa propre mère. Le terme a été proposé par l’anthropologue Dana Raphael en 1973 et remis en lumière en France par le podcast de Clémentine Sarlat. Elle démarre dès le désir de bébé et se prolonge sur plusieurs années.
Quelle est la durée de la matrescence ?
Aucune durée standardisée n’est définie. Les spécialistes s’accordent sur plusieurs années, en général entre trois et sept ans autour de la naissance, avec des vagues ultérieures à chaque étape clé de la vie de l’enfant. Le cerveau maternel, selon l’étude d’Elseline Hoekzema publiée en 2016 dans Nature Neuroscience, reste modifié au moins deux ans après la naissance.
Quelle différence entre matrescence et post-partum ?
Le post-partum désigne la période médicale et vécue qui suit immédiatement l’accouchement (six à huit semaines médicalement, souvent plusieurs mois sur le plan réel). La matrescence est beaucoup plus large : elle démarre avant la conception et s’étale sur plusieurs années. Le post-partum est inclus dans la matrescence comme une séquence parmi d’autres.
La matrescence concerne-t-elle seulement les jeunes mamans ?
Non. Toutes les mères peuvent revisiter leur matrescence, y compris celles dont les enfants sont grands. Certaines femmes ne mettent un mot sur leur expérience que dix ou quinze ans après la naissance. Le retour sur ces années permet de comprendre, d’apaiser ce qui restait en suspens, et parfois d’ouvrir un travail transgénérationnel.
Pourquoi la matrescence rejaillit-elle sur mon rapport à ma mère ?
Parce que devenir mère vous met pour la première fois à sa place. Vous revisitez vos souvenirs, vos manques, vos loyautés. Certains scénarios familiaux remontent à la surface. La psychogénéalogie permet de démêler ce qui vient de vous, ce qui vient d’elle, et ce qui vient des générations précédentes, pour transmettre plus librement à votre enfant.
Ne plus traverser cette étape en silence
Rares sont les femmes à qui on a parlé de la matrescence avant de devenir mère. On en parle ni à la maison, ni à l’école, ni au bureau. Pourtant, elle vous concerne que vous ayez accouché hier ou il y a vingt ans. Vous n’êtes pas en train de mal vous en sortir. Une nouvelle version de vous-même se met simplement en place, à un rythme qui demande du temps et du soin.
Si ce que vous lisez résonne et que vous souhaitez être accompagnée dans cette traversée, sur le plan identitaire, professionnel, de couple ou transgénérationnel, je vous reçois en séance individuelle.
Découvrez mon accompagnement Coaching Maternité ou prenez contact directement pour un premier échange sur ma page contact
Vous n’êtes pas la seule à traverser tout cela. De nombreuses femmes le vivent, souvent sans le dire, sans même le nommer. En mettant des mots, en comprenant les étapes, en vous faisant accompagner si vous en ressentez le besoin, vous transformez une expérience parfois douloureuse en un passage de vie assumé et conscient..





